La couleur en fête chez Karel Appel

On a parlé beaucoup des Pays-Bas ces derniers temps à Paris, avec les élections récentes du Parlement qu’ils ont connues et puis l’exposition Vermeer (le peintre perfectionniste du siècle d’or accueilli au Louvre). La Hollande, ce pays de cocagne, ou comme disait Camus, ce pays qui « est un songe », vient nous revisiter avec  une autre exposition (plus discrète que celle du Louvre) au musée d’art moderne de la ville de Paris et consacrée à Karel Appel (1921-2006).

A l’occasion d’une généreuse donation de la Fondation Karel Appel d’Amsterdam (17 peintures et 4 sculptures), le musée de la rive droite propose une brève mais riche rétrospective de l’artiste.

Quiconque allait à Amsterdam dans les années 80 et avait un goût pour la peinture entendait parler immanquablement de Karel Appel. Je me souviens même de reproductions de ses œuvres qu’on voyait un peu partout, dans les halls d’hôtel, les magasins de design, les restaurants de toutes sortes… Bref, c’était « le » peintre de ces années-là.

Historiquement, il est à l’origine du mouvement CoBrA, acronyme de Copenhague, Bruxelles et Amsterdam, regroupant des artistes venant du septentrion de l’Europe. Le groupe revendique un art spontané, proche de l’art brut et éloigné des académismes (notamment l’abstraction, pour eux). Le groupe va rapidement se dissoudre et Karel Appel va connaître une évolution toute personnelle.

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En tout cas, ce qui frappe dans cette exposition, c’est la variété des thèmes (le monde animal, la figure humaine, le nu, le cirque,  l’autoportrait…), la richesse de la couleur et l’aspect spontané, tourbillonnaire de sa création. Un court métrage est d’ailleurs proposé au mitan de l’exposition et qui nous plonge au cœur de sa création, à la manière du Mystère Picasso de H. G. Clouzot. On y voit Appel se battre littéralement avec la toile, le pinceau et surtout les couleurs. De l’exercice physique comme l’un des Beaux-arts, pourrait-on penser ! On comprend qu’il se soit détaché du surréalisme qu’il jugeait trop conceptuel. Pour lui, l’art pictural, c’est avant tout la spontanéité, l’émotion brute, la sensibilité. Ce sont elles qui priment dans son œuvre et en font un expressionnisme jouissif où les couleurs éclatent.

L’exposition s’achève sur un de ses derniers tableaux construit autour du  mot « Feestje » (en néerlandais « petite fête », le suffixe « je » a valeur de diminutif). Ce mot ultime résume peut-être, à lui seul, la quête de Karel Appel. Ce serait son « rosebud » à lui !

Pour lui, et nous le suivrons volontiers sur ce point, l’art reste cette « petite fête » qui rend la vie moins morose, certainement plus exaltante et pleine de splendeur. La preuve : quand je suis sorti de cette exposition, tout me semblait magnifié par d’étonnants pigments. La tonalité ciment du musée m’apparaissait bleue, la passerelle Debilly habituellement terne devenait gris-vert et la Tour Eiffel avait un je ne sais quoi de rougeâtre !

(A vous d’expérimenter de tels effets. L’expo est visible jusqu’au 20 août. Comme dirait un guide touristique, elle est «  à ne pas manquer ».)

Charles Duttine

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