Excursion à l’IMA : retour sur l’exposition « Aventuriers des mers »

Un sac à dos et une boussole

Ce mercredi 15 février 2017, j’ai rendez-vous avec une amie à l’Institut du Monde Arabe.

« Chic ! Chic ! Chic », dixit Obélix1, nous allons visiter Aventuriers des mers : de Sinbad2 à Marco Polo. Le titre est évocateur, j’ai bien envie de découvrir ce qui se cache derrière.

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Au sortir du métro, où j’ai eu tout le loisir d’entamer ma lecture du très synthétique et documenté La Passion du Livre au Moyen-Age3 (bien vu puisque plusieurs manuscrits médiévaux jalonnent l’exposition), je croise par hasard une jeune femme qui cherche sa route : elle porte un énorme sac de randonnée, un avant-goût d’aventure ?

Hé bien en fait, nous nous rendons au même endroit, faisons donc la route ensemble ! Nous échangeons quelques mots. Elle pense que la sécurité pourrait ne pas la laisser entrer à cause de son bagage, mais qu’importe, elle doit de toute façon y retrouver ses parents. Et qui sait, peut-être aura-t-elle le temps de visiter Guimet avant de prendre son train ? Elle me demande mon avis.

Guimet, oui je connais. J’y suis allée récemment pour voir la rétrospective d’Araki4. Si vous n’avez pas un intérêt et une connaissance suffisante au préalable, j’ai bien peur que les centaines de bouddhas, tous d’origine et de facture différente, ne finissent par vous lasser… Cependant, la collection du musée est très riche et peut-être comme moi vous attarderez-vous sur la charmante bibliothèque circulaire visible depuis le balcon ? En termes de temps c’est tout à fait possible mais pour bien apprécier votre découverte, deux musées dans la même journée, c’est peut-être beaucoup, non ?

A l’issue de ces cinq minutes de marche et de conversation à bâton… non rompu, nous parvenons enfin à notre but.

« Elise ! Je suis là. »

Ma compagne de route et moi brisons là et je rejoins l’amie qui m’attend.

Où est le capitaine Fracasse ?

Sous le soleil printanier qui brille à l’entrée de l’Institut du Monde Arabe, nous nous émerveillons devant la pièce maîtresse de l’exposition encore à découvrir. Impossible de la manquer, elle est placée juste à l’entrée : un immense bateau ­– bon pas si grand que ça c’est vrai – mais la coque  hors de l’eau c’est toujours impressionnant. Le Nizwa est un boutre du sultanat d’Oman (au sud de la péninsule d’Arabie), dont la flotte marchande fut la plus puissante de la région, en particulier aux VIIe-XVe siècles après l’ouverture de la route de la soie.

La mise en bouche nous semble réussie, nous prenons nos billets d’entrée.

Je suis mal réveillée. On m’avait prévenue : il y a beaucoup de lecture et la scénographie sobre et soignée mais sombre n’arrange rien. Qu’à cela ne tienne ! Le sujet me parle (mes ancêtres marins peut-être ?), je m’efforce de plonger dedans.

L’exposition s’ouvre sur une vaste salle où sont projetées des images d’une mer bien agitée. Au centre, des vitrines nous présentent, entre autres, deux énormes mâchoires de requins qui font froid dans le dos avec leurs petites (si l’on peut dire) dents bien aiguisées. Flash-back 1975 et la sortie dans les salles obscures des Dents de la mer de Steven Spielberg qui a traumatisé de nombreuses générations de baigneurs… Et c’est bien de la crainte médiévale de l’océan et des créatures mythologiques qu’il recèle dont il s’agit ici, illustrée par de nombreux manuscrits enluminés, des gravures… Je retiens en particulier Jonas et la Baleine.

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La visite se poursuit avec les outils et techniques développés par les navigateurs pour dompter les flots. Il est à la fois question du savoir et de la représentation du monde qui change grâce aux avancées en matière d’astronomie. Je découvre dans ce nouvel espace des instruments de navigation, des photographies, des maquettes de bateaux ainsi que des éléments de cartographie (originaux et fac-similés). Mon regard se pose sur une mappemonde d’environ un mètre carré (XVe siècle). Vraisemblablement, je ne suis pas la seule intéressée. Elle est tellement impressionnante que tout le monde s’affaire devant. Je n’ai donc malheureusement pas le privilège de m’attarder sur ses détails minutieux.

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Anecdotes de voyage

Les cartels explicatifs des deux dernières parties sont moins étoffés. Il est davantage question des échanges maritimes et commerciaux à travers des trésors, issus principalement de navires naufragés. Nous retrouvons des pièces remarquables, précieuses pour la plupart : monnaie (en métal, cauris), pierres précieuses brutes et travaillées (lapis lazuli, topaze, diamant, cristal d’arc, or), condiments (cannelle, riz, gingembre, curcuma, cardamone) et divers objets (vaisselle, décoration).

Une dame et sa petite-fille se placent sans cesse devant moi alors que d’autres vitrines sont libres. Cela m’agace un peu mais je ne peux qu’être touchée d’entendre la grand-mère montrer patiemment à la petite ce que sont ces différents objets. Elle lui explique notamment à quoi sert une ancre en pierre sculptée qui est présentée à deux pas d’un écran projetant une modélisation en 3D du port de Théodose en 1200.

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Un peu plus loin, se trouvent de somptueuses pièces en ivoire.

Une maman hilare qualifie – et je suis assez d’accord avec elle – de peigne à poux le magnifique peigne finement sculpté avec des motifs floraux et d’animaux, avant de se rattraper auprès de ses filles : « à l’époque, ils n’aimaient pas les nœuds… »

Heu, ça n’est plus le cas ?

Des pièces d’un jeu d’échecs du trésor de Saint-Denis ayant prétendument été offert à Charlemagne par le Calife de Bagdad, sont également mises en avant. Elles auraient été en réalité fabriquées au XIe siècle en Italie.

Un film d’animation peu convaincant fait la liaison avec la dernière partie où la part belle est faite aux navigateurs européens (Italie, Portugal, Espagne…) et où se clôt la période où les arabes étaient les maîtres de la navigation ; à l’appui : tentures de soie, céramiques, meubles en marqueterie, un étrange Saint drapé dans son habit de bois peint…

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Le voyage dans le passé maritime des empires arabes aux côtés d’Ibn Jubayr, Ibn Battûta, Sinbad, Marco Polo, Vasco de Gama dont les récits de voyage interprétés par des comédiens servent de fil conducteur, s’achève ici. Et pour moi il a bien eu lieu.

Les empires arabes ont connu leur apogée à l’époque de la conquête de Constantinople en 1453. Mais la bataille de Lepante en 1571 et la victoire de la coalition occidentale signe la fin de la domination ottomane.

Après ce périple, un détour par la librairie s’impose avant de reprendre les manteaux aux vestiaires. Je m’efforce de ne pas craquer devant ces montagnes de livres qui ne demandent qu’à être ouverts et je repars avec un joli marque-page et une édition Librio du Livre des merveilles du monde du controversé Marco Polo5.

L’exposition se termine le 26 février, chaussez vos bottes et filez-y !

Elise Vincent


1 Obélix, l’irréductible compagnon du gaulois Astérix créé par Goscinny et Uderzo est aussi un sacré aventurier. Sa superpuissance liée à la potion magique dans laquelle, vous le savez tous, il est tombé quand il était petit, lui permet même de nager infatigablement en poussant un bateau. Dans les 36 albums, il part ainsi à la rencontre des indiens, des vikings, des égyptiens, des bretons, des Helvètes et j’en passe. Dans l’album L’Odyssée d’Astérix (1981), il est d’ailleurs question des échanges maritimes puisque un marchand phénicien doit apporter à Panoramix sa précieuse huile de roche.

2 A propos de Sinbad, je ne peux que vous conseiller de voir les films produits par Columbia Le 7e voyage de Sinbad (Nathan Juran, 1958) et ses suites Le Voyage fantastique de Sinbad (1974) et Sinbad et l’oeil du tigre (1977). Les effets spéciaux sont réalisés par le célèbre Ray Harryhausen (1920-2013) avec la technique « dynamation ». On lui doit également les effets de Jason et les Argonautes (Don Chaffey, 1963), Le Choc des Titans (Desmond Davis,1981).

3  Sophie Cassagnes-Brouquet, Editions Ouest France, 2015.

4 Article sur l’exposition Araki à Guimet en 2016 (photographe japonais)

5 Marco Polo (1254-1324).

Article « Marco Polo imposteur ou véritable aventurier ? »

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