Un modèle: Hélène

Hélène.

C’est une lèvre postée. Une belle parmi toutes. Brune. Les cheveux chocolat noir. Aimés. Exquis. Des Seins avec un S. Un cul une bouche un appel, une voix qui avale le ruisseau. Grande, ronde fulgurante, c’est un Renoir, un Rubens. C’est mon Hélène Fourment. Même cul vaillant, ô une royauté pour la main qui le dessine.

Je l’ai draguée un samedi matin. Une pâtisserie. On y achète le même gâteau. Un millefeuille au chocolat. Un miracle, une nébulosité. Vous avez la terre en bouche qui s’émiette et vous vous émiettez avec, vous vacillez !

Hélène aime la vacille érubescente : son cul comme ses joues, rougi avec ma main en son entaille. Je la brasse en imagination. Un festin ! Elle est pour moi. Je suis à la culmination. C’est un modèle. Une véritable tempête saccageante, éclairante, engloutissante, retournante, irradiante, inondante.

Tout de suite ! Deux frémissants. Deux enfanteurs de sens. Amants du sublime et nimbes du tordu.

S’agit-il de forniquer ? Non ! Mais de décharger de tête. De foutre par la bouche attachée par les yeux. De s’ébahir dans l’atelier.

Ahuri, fasciné, baba, je tombe des nues parmi Hélène reine de la nudité. Hélène ou la réalité du fantasme.

On se voit toutes les semaines. On déjeune avant la pose. On parle. On dit : « Gigot de pré salé. Saint-Jacques aux pâtes fraîches. Bar grillé. Oursins. Fruits de mer. Rognons de veau… » On tourne et retourne. On s’irrite. Vins. Bouches isocèles. Seins nus. Fesses et serrements de cœur, Hélène dévore, paré en allumeuse de boxon. Cul nul, paroles, vallées, collines, guêpière, bas.

Je l’ovationne. En l’admirant, je me renforce de toutes les abjections. Je fais un pacte avec moi qui me lie en entier à ce qu’elle va devenir.

Elle dit : « Modèle ? Le mot recèle une ambiguïté, derrière laquelle se cache l’envers et l’endroit d’une même inscription où se superposent le modèle au Modèle, la collision du réel à l’Harmonie du Beau, (elle ajoute) qui se réfléchissent comme dans un miroir où se seraient posés des yeux, des yeux sur les yeux mêmes, des yeux pour regarder comme ils regardent. Comme tes yeux à travers les yeux de mes yeux ! »

Je réponds : « Ô mon Bien ! Ô mon Beau ! Fanfare atroce où je ne trébuche point ! »

Et elle se déshabille toute !

Je dresse une nouvelle table. Elle s’y couche. Je l’ausculte.

Je l’instruis. Je l’épluche. La visite.

Elle dit : « Il n’y a pas d’image du corps sans l’image de son ouverture. »

J’y rentre les yeux. La sonde et dissèque. La désosse.

Je suis son léopard, son ouvreur, son appétit d’ouvrir grand les cuisses où il coule des larmes, une pluie de mains, un peuple d’eau pour dire et manier.

Elle respire les seins en pointes, forteresses renforcées, étincelantes, dômes du soleil et de la lune. Puis elle se met sur le ventre, gigote. Je la fiste du regard jusqu’aux entrailles. Immense récolte. Or fin et or pur d’impureté. Trésors de tête. Je me remplis.

Elle vrille, pâmée au milieu du chemin, la bouche grande ouverte à la vigueur et à la délectation.

Je vole comme une hirondelle à fleur de peau, nappe, miel, je suis dans l’excès, la gloire sans frein, le bonheur mêlé d’huiles et d’onguents. Je la palpe aux sources exaltées. Joie sur elle et joie sur moi. Harpes, lyres et trompettes.

Elle se recouche sur le dos. Et je recommence.

Voici les entrailles

voici les portes

de la femme à viande.

Elle caresse son sexe pareil à un jardin de lèvres. Elle se caresse par les poils, cordons du byssus, fruits de la nudité complète.

Et ainsi ouverte.

Elle dit : « Tu as oublié la couleur de nos yeux sur les yeux ! Oui, tu as oublié… »

 

Texte et image de Jacques Cauda

 

http://www.artactif.com/fr/surfiguratif.php

http://jacquescauda.canalblog.com/

 

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