Jean Rollin, lettres d’amour au Père Lachaise

1973, Hugues Quester et Françoise Pascal poussaient les grilles d’un immense cimetière dans La Rose de Fer. Ce n’était pas le Père Lachaise, juste un obscure cimetière de province, mais les efforts du réalisateur pour le faire paraître labyrinthique en font un univers mystérieux et presque sans limites. S’en suit pour les jeunes gens une exploration du lieu, une errance sur les terres des morts, bercée par la poésie de Tristan Corbière.
 
2007, Ovidie poussait les grille du Père Lachaise, pour se rendre sur la tombe d’un cinéaste imaginaire, Michel Jean, elle vient d’hériter de tous ses biens, et de son univers. La magie opère, le cimetière fourmille des personnages à présent orphelins de Michel Jean, qui n’est autre que Jean Rollin, rejouant inlassablement les films qui les ont vu naître. Dans ce qui ressemble à un poème macabre, Rollin apporte la vie au milieu de ce village des morts, où si l’on écoute bien, on peut entendre le vent murmurer les textes des grands auteurs qui y reposent. Se saisissant d’objets, empruntant différents chemins, Ovidie visite et nous fait visiter l’univers d’un bien étrange poète, peuplé d’ogresse mangeuses d’enfants, de clowns bariolés, d’acteurs/personnages nostalgiques, vampires esseulés, spectres d’anciennes amitiés.
 
2010, Jean Rollin décède, ses cendres reposent au Père Lachaise, dans le caveau familial dans la 27ème division. Si en lui rendant visite, vous trouvez une petite rose de fer sur le chemin, ramassez-la, qui sait, peut-être Louise Dhour viendra-t-elle vous inviter à un étrange voyage, Jean Lou Philipe vous montrera-t-il les photos d’un Itinéraire Marin inachevé, croiserez-vous Cocteau, Duras, Boullet, venu faire la fête, ou peut-être ces vers résonneront-ils à vos oreilles :
 
 Petit Mort Pour Rire
Va vite, léger peigneur de comètes !
Les herbes au vent seront tes cheveux ;
De ton oeil béant jailliront les feux
Follets, prisonniers dans les pauvres têtes…
Les fleurs de tombeau qu’on nomme Amourettes
Foisonneront plein ton rire terreux…
Et les myosotis, ces fleurs d’oubliettes…
Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes
Pour les croque-morts sont de simples jeux,
Boîtes à violon qui sonnent le creux…
Ils te croiront mort – Les bourgeois sont bêtes –
Va vite, léger peigneur de comètes !
Tristan Corbière
 
Gabriel Carton
 
Lien vers le teaser du documentaire Jean Rollin, le rêveur égaré de Damien Dupont et Yvan Pierre-Kaiser
http://www.purplemilk-prod.com/rollin/
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